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APPEL À CONTRIBUTION

cArgo #10 – « Ruser, tricher, tromper » – juin 2019

Dossier coordonné par P.-J. Laurent (UCL, Belgique), F. Laugrand (U. Laval, Canada) et L. Simon (UCL, Belgique)

Modalités et agenda

Les titres provisoires des contributions, ainsi qu’un résumé de 10 à 15 lignes et les coordonnées complètes des contributeurs (nom, prénom, institution d’attache et adresse) doivent parvenir à la rédaction avant le 15 octobre 2018 pour sélection puis réception des articles avant le 31 décembre 2018.

Argumentaire

Les ethnologues rapportent de leurs voyages aux quatre coins du monde que l’obtention de conditions de vie favorables n’est pas pensable sans le concours d’êtres non-humains exerçant une influence sur les destinées, les événements et les phénomènes tels qu’ils se produisent. Il est souvent énoncé qu’il est inimaginable de jouir de bonnes conditions climatiques sans s’attirer les faveurs des dieux ; que le succès dans les activités économiques ou en amour n’arrive jamais au hasard, ni quand les esprits sont fâchés. D’autres soulignent que les querelles, les maladies et les conflits ne trouvent d’issue heureuse qu’avec l’appui des entités protectrices du village ou des figures ancestrales… Les non-humains jouent décidément des rôles de grande ampleur dans tous ces contextes. Les chances d’obtenir un parcours serein et une vie heureuse y reposent, pour une part au moins, sur la capacité des Hommes à s’attirer les faveurs d’une multitude d’entités et de forces, souvent invisibles mais responsables de la fortune ou de l’infortune. Elles requièrent également une attention opportuniste qui vise à tester et comprendre à chaque instant le tempérament des dieux pour s’y adapter.

Si les rapports entre humains et non-humains ont été abordés par une littérature abondante, la ruse et la tromperie demeurent des initiatives qui ont été moins documentées. Aussi reste-t-il à inventorier les modalités variées selon lesquelles les humains entendent installer des rapports aux non-humains, mobilisant pour ce faire une intelligence tactique notable. Si la ruse opère au sein des marges de manœuvres et des interstices laissés dans la norme, la tromperie s’en affranchit délibérément. Ce sont deux rapports distincts à la normativité. La tromperie peut être associée à une moralité douteuse, la ruse ne saurait l’être. Elle est davantage une tournure d’esprit, un art de s’accommoder des événements et de les convertir en opportunités. Mais il y a un intérêt à traiter ces attitudes conjointement, du fait qu’elles sont des dispositions particulières – déployées en périphérie des conduites « normées » – et relèvent de modalités d’action rarement mises en lumière dans des contextes d’interaction entre humains et non-humains.

Deux éléments appuient l’intérêt de cette démarche. Tandis que la tricherie, le simulacre et la ruse constituent des modalités d’action mobilisées dans de nombreux domaines de la vie quotidienne (activités commerciales, l’art et l’usage des masques ou des miniatures, la circulation des biens, le chamanisme et la religion…), la figure du Trickster dénote par sa récurrence dans de nombreuses traditions orales réparties sur tous les continents (voir notamment Meslin 1988 ; Hynes et Doty 1997). Elle atteste de la nécessité, pour instaurer ou maintenir un ordre social et/ou cosmique, de l’existence d’êtres capables de s’affranchir d’un certain ordre du monde, de déjouer les conventions, de tricher avec le « cours des choses », de tordre les règles établies de toute éternité, de délaisser les usages et les convenances, de perturber les Lois et les dynamiques immanentes. Figure de transcendance, le Trickster parvient à s’émanciper de ce qui s’impose à tous les autres. Il exprime aussi, ce faisant, la nécessité de l’entorse à ce qui est établi, ainsi que les vertus constructives de la ruse (détourner à ses propres fins), voire de la tricherie.

Si ces dernières notions ont fait l’objet d’une littérature abondante, la manière dont elles sont conceptualisées localement et dont elles renvoient à des figures archétypales a été moins illustrée dans la littérature ethnographique. Comment sont-elles problématisées, quelles sont les images et les symboles qui permettent de les véhiculer, quelles sont les vertus qui leur sont attribuées ? A partir de contextes géographiques, culturels et historiques variés, ce numéro propose donc d’interroger les démarches qui ont comme vocation explicite de s’accommoder de (voire de jouer avec) l’intentionnalité des êtres capables d’indulgence, de négligence ou de malveillance. Il s’agira de documenter les actes qui, en vue de lancer l’à-venir sur des bases prometteuses, aspirent à canaliser le tempérament des non humains, et à les faire concourir à la réalisation de tâches spécifiques ou à l’instauration d’un contexte général clément. Détourner l’attention des dieux, leurrer les animaux, duper les esprits, tromper les défunts… Comment les collectifs s’y prennent-ils pour infléchir les événements en cours ou à venir ?

Références

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