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La réflexion sur la notion d’autochtonie, à laquelle nous consacrons un dossier, n’est pas nouvelle. Inutile de remonter aux Grecs, relisons plutôt Durkheim :

Dans un compte rendu du livre de Friedrich Ratzel, Anthropogéographie, Durkheim écrivait en effet : « Il n’y a pas de peuples qui soient vraiment autochtones » [1].

En effet, selon Durkheim, suivant en cela Ratzel, s’il n’y a pas d’autochtones, c’est parce que les hommes se sont toujours déplacés, ont conquis, ont reculé, ont occupé des terres inhabitées ou habitées, sont toujours entrés dans des relations conflictuelles et belliqueuses, se sont approprié des terres, les ont vendues, cédées ou achetées, ont contracté des alliances. Le droit de la guerre a toujours été perçu et pensé comme un droit universel parce que naturel, c’est-à-dire, un droit de poursuite et d’occupation. Il en va de même pour le droit d’échanger des personnes, des biens ou des signes.

Et le sociologue de poursuivre :

« Le mot d’autochtonie n’est qu’une figure et doit être rayé de la terminologie scientifique. L’état de perpétuelle mobilité où sont les sociétés est trop grand pour qu’aucune société se soit attardée à ce point au lieu de sa naissance » (Ibid.)

Par voie de conséquence, à lire Durkheim commentant Ratzel, on est en droit d’affirmer que ce n’est pas « la terre qui explique l’homme, mais l’homme qui explique la terre » (ibid. : 558)

Est-ce à dire pour autant que la notion (Durkheim emploie le terme de « mot ») d’autochtonie serait à jamais frappée d’inintelligibilité ou d’illégitimité ? Doit-on la proscrire du vocabulaire des sciences sociales ? En fait, il faut la prendre pour ce qu’elle est : une notion dont les usages sociaux et culturels sont à expliquer, et non un concept explicatif. Il est en effet certain que ce mot, tout comme celui de « race », est opérationnalisé à des fins politiques dont il faut comprendre les enjeux. Il est donc nécessaire – peut-être même salutaire dans un contexte de réification des identités portée par le populisme et la xénophobie – d’en faire la critique savante, tout en rendant compte de la façon dont la référence à l’« autochtonie » légitime certaines actions politiques. Que la conviction « autochtone » soit scientifiquement fausse n’empêche nullement qu’elle ait des adeptes. En d’autres termes, il faut être durkheimien et refuser à l’autochtonie une quelconque valeur explicative, mais aussi l’étudier comme Durkheim étudiait la religion, c’est-à-dire comme une croyance ayant des causes et des effets sociaux : telle est l’ambition des études présentées ici.

[1] L’Année sociologique, 3ème année, 1898-1899, Sixième section: morphologie sociale, I Les migrations humaines Paris, Felix Alcan , 1900 : 554


Éditorial
par Erwan Dianteill & Francis Affergan [Télécharger]


Dossier : Figures de l’autochtonie

Coordonné par Marie Salaün

Introduction. L’autochtonie, un universel situé ?
par Marie Salaün  [Télécharger]

L’autochtonie, un concept universel ? Perspectives américaines, océaniennes, africaines et européennes
par Erwan Dianteill [Télécharger]

Entretien : « Dans un cadre démocratique, le chercheur, la chercheuse, peuvent être des citoyens engagés »
par Irène Bellier & Marie Salaün [Télécharger]

L’autochtonie comme processus d’identification. Ethnographie de l’autochtonisation des communautés andines en Bolivie (Nord-Potosi)
par Claude Le Gouill [Télécharger]

La « communauté » autochtone dans la longue durée. Perspectives comparatives au Pérou
par Raphaël Colliaux [Télécharger]

L’autochtonie : un enjeu des relations intergénérationnelles en pays Bété, Côte d’Ivoire
par Léo Montaz [Télécharger]

L’autochtonie, condition d’une ouverture à l’altérité sociale ? Ethnographie des formes actuelles de l’autochtonie en banlieue rouge
par Pauline Clech [Télécharger]

De l’enracinement à l’autochtonie. Les transformations de l’idéologie dans les extrêmes droites et les populismes nationalistes en Europe
par Régis Meyran [Télécharger]


Varia

Chanson populaire catholique, pluralité religieuse et patrimonialisation au Burkina Faso
par Alice Degorce et Ludovic Ouhonyioué Kibora [Télécharger]


Comptes rendus

Irène Bellier, Leslie Cloud et Laurent Lacroix, Les droits des peuples autochtones.
Des Nations unies aux sociétés locales, Paris, L’Harmattan, 2017.

par Nathalie Portilla Hoffmann [Télécharger]

Bruno Saura, Mythes et usages des mythes. Autochtonie et idéologie de la Terre Mère en Polynésie, Louvain, Peeters International, 2013
par Roxane Favier de Coulomb [Télécharger]

Natacha Gagné, Being Māori in the City: Indigenous Everyday Life in Auckland,Toronto, University of Toronto Press, 2013.
par Natacha Gagné [Télécharger]

Rina Sherman (dir.), Dans le sillage de Jean Rouch, Paris, Éditions FMSH.
par Silvia Paggi [Télécharger]

Les numéros de cArgo

cArgo#9 : Autochtonie
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